Depuis de nombreuses années, la voix de Pierre Rabhi égrène inlassablement constats affligeants et espoir convaincant. Sans jamais hausser le ton, sans recourir à la facile polémique, il “éveille les consciences” (nom du mouvement qui s’était créé autour de sa candidature en 2002) et sème des “graines du possible”. Cet homme très peu médiatisé, courtois et discret, remplit les salles partout où il passe.
terreaterre avec Pierre Rabhi (conversation suivie d’un débat, émission du 8/09/2007, France Culture)
Un passage qui me plait particulièrement…. à méditer :
(…) On passe dans l’aliénation humaine, sur un système qui prétend qu’il est libérateur. Et quand je travaillait à l’usine en région parisienne et que j’essayais de comprendre dans quoi nous étions impliqués, ce qui apparaissait, c’est évidemment la notion de profit illimité, la notion de productivité : là on produisait – produire pour produire. Le travail était déifié comme étant ce que l’on doit faire. Mais si ce travail encore aboutissait à générer de l’équité, d’accord ! Mais il ne générait pas de l’équité : il générait au contraire des disparités. Et puis quand on proclamait que la modernité et la technologie [ou] la science allait libérer l’être humain, moi ce que je constatais c’était plutôt une incarcération totale. De la maternelle à l’université on est enfermé, ensuite on va dans les casernes – moins maintenant peut-être – et ce qui me frappe c’est quand vous demandez aux gens “où est-ce que vous travaillez ?”, et bien tout le monde travaille dans une boite “je travaille dans une petite boite”, “je travaille dans une grosse boite”. Si vous demandez aux jeunes “où est-ce que vous êtes allez vous amuser” : “je suis allé m’amuser en boite”, “comment vous y êtes allé ?” : “dans ma caisse” ! Et puis vous avez la “boite à vieux”, en attendant la “dernière boite”… Donc c’est ce que nous propose la modernité comme le charme de la vie (…)



